Réflexions sur Durban : L’engagement significatif des femmes et des filles 6e Conférence préliminaire indigène internationale sur le VIH et le sida

Groupe de travail indigène international sur le VIH et le sida

Trevor Stratton, coordonnateur du GTIIVS

« Ce n’est que par l’engagement significatif des peuples indigènes que l’ONUSIDA et le monde parviendront à leur objectif d’atteindre zéro d’ici 2030. » [Traduction]

Marama Pala, coprésidente, Groupe de travail indigène international sur le VIH et le sida (GTIIVS)

Le monde a presque éradiqué le sida, mais il existe encore.

En juillet 2016, au moment où 35 millions de personnes vivaient avec le VIH, le monde entier s’est retrouvé à Durban, en Afrique du Sud, pour assister à cette conférence internationale sur le sida. La dernière fois où Durban accueillait la conférence internationale sur le sida remontait à l’an 2000 et, à l’époque, le sida avait une bonne longueur d’avance sur les gens de l’Afrique australe qui, pour la plupart, n’avaient pas accès aux nouveaux traitements antirétroviraux.

Cette année, le message livré par la conférence internationale sur le sida en était un d’optimisme prudent. Si nous avons accompli de grands progrès en matière de services de prévention, de dépistage et d’accès au traitement, il n’en demeure pas moins que des groupes sont encore délaissés. D’ailleurs, à l’échelle internationale, ce fardeau touche encore majoritairement les femmes et les filles. Les femmes sont également susceptibles d’être celles qui donnent les soins et les services de santé aux personnes vivant avec le VIH, particulièrement dans nos communautés indigènes.

En reconnaissance de cette réalité, la conférence préliminaire indigène internationale sur le VIH et le sida a souligné le rôle fondamental des femmes et des filles indigènes vivant avec le VIH et des femmes travaillant dans le domaine du VIH, reconnaissant leur excellence à jouer de multiples rôles de leader dans l’intervention communautaire contre le VIH. Les femmes y étaient dès le début.

L’une des quatre pistes d’apprentissage de notre conférence préliminaire portait comme titre : L’implication significative des femmes et des filles. Cette piste souscrivait au concept de participation accrue, non seulement des femmes et des filles vivant avec le VIH, mais aussi de celles travaillant dans le domaine du VIH et spécifiquement dans les secteurs de prise de décisions, de fourniture de services directs, de création et de mise en œuvre de programmes, de leadership, de soutien, de réseautage et de partage, de défense des droits, de campagnes et de discours publics, de la vie personnelle, du traitement et de l’état de préparation. Les ateliers de cette piste traitaient notamment d’histoires intergénérationnelles de femmes indigènes vivant avec le VIH et le sida; de recherche; de renforcement communautaire; de structures d’engagement et d’inclusion significatifs et efficaces; et d’organisation de base.

Deux chercheurs de la KwaZulu Natal University ont marqué ce thème par leurs présentations. La présentation de Dre Relebohile Moletsane traitait des obstacles persistants dans la prévention du VIH chez les jeunes femmes de l’Afrique du Sud rurale, tandis que le discours de Zodwa Masinga était axé sur les approches spécifiques au peuple indigène zoulou qui utilise le rite de passage et la médecine traditionnelle pour lutter contre le VIH et le sida.

Les femmes ont également été le centre d’attention dans la présentation faite par le Canada et intitulée Visualisation de la santé : l’engagement significatif des femmes indigènes vivant avec le VIH en recherche interventionnelle dans le domaine de la santé. Ce panel diversifié incluait Tracey Prentice, Kerrigan Johnson, Krista Shore, T. Sharp Dopler et Renée Masching.

Axé sur le renforcement des aptitudes et l’échange de connaissances, leur atelier consistait à disséminer les histoires sur la visualisation de la santé selon quatre perspectives, à savoir les femmes indigènes vivant avec le VIH, les partenaires communautaires, les partenaires chercheurs et le gardiennage de la connaissance traditionnel. Les participants ont approfondi leurs connaissances sur l’engagement significatif des femmes vivant avec le VIH dans la recherche en cours; la création de protocoles de recherche honorant et soutenant les femmes vivant avec le VIH; la cocréation d’espaces sûrs pour ces dernières et les membres de l’équipe de recherche; et la recherche centrée sur les connaissances et les cultures indigènes.

La conférence préliminaire visait à renforcer la solidarité des peuples indigènes et à développer les interventions par les indigènes en Afrique australe en fournissant un lieu fiable de rencontre et de dialogue sur les obstacles, les leçons apprises, les réalités indigènes et les meilleures pratiques. Ceci a mené à un partage sur les stratégies et les tactiques efficaces, telles les approches à la mobilisation, à la prise de position et à l’activisme engageant les peuples indigènes des quatre coins du globe.

Un groupe de personnes indigènes — qui comportait les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes, les transgenres, les utilisateurs de drogues, les travailleurs du sexe, les personnes étant ou ayant été incarcérées, les enfants nés avec le VIH, les personnes ayant des problèmes de santé mentale et les personnes handicapées — a fait l’objet de discussions et de témoignages des principales populations touchées par la stigmatisation, ceci dans l’esprit que « personne ne soit laissé derrière ».

Dans l’ensemble, la conférence préliminaire indigène a atteint ses objectifs. Les personnes déléguées, dont la majorité était indigène, nous ont transmis leurs réactions sur cette conférence, mentionnant que les témoignages personnels des présentateurs vivant avec le VIH étaient à la fois éducatifs et dignes d’être racontés. Elles étaient également heureuses de parfaire leurs connaissances auprès des présentateurs locaux et de ceux travaillant auprès des peuples indigènes vivant avec le VIH.

Si le taux d’infection au VIH dans les endroits sévèrement touchés dans le monde est légèrement à la baisse, il y a cependant d’autres secteurs dans le monde et dans certains groupes, comme les peuples indigènes, où le taux d’infection poursuit son ascension. Beaucoup de choses méritent d’être célébrées, mais nous pouvons faire mieux.

Le GTIIVS remercie l’équipe du comité de planification de la Conférence préliminaire pour son travail bénévole engagé.

Zone de réseautage des peuples indigènes dans le Village mondial de la Conférence internationale sur le sida 2016

Le Village mondial est un espace diversifié et vibrant où les communautés de partout dans le monde se réunissent pour partager et apprendre entre eux. Pour les communautés, cet espace se prête aux démonstrations des applications de la science et du bon leadership, ainsi que du passage de la science à l’action et à l’intervention communautaires. Le Village mondial favorise le réseautage entre le nord et le sud, l’est et l’ouest; c’est un espace pour des présentations, des discussions et des performances des quatre coins du globe. Le Village mondial est ouvert au grand public et aux délégués, et l’admission y est gratuite.

La zone de réseautage des peuples indigènes offrait un espace culturellement sûr et ouvert pour accueillir rencontres, dialogues, apprentissages et partages entre les peuples indigènes et leurs alliés. Les peuples indigènes dirigeaient, pour la durée de la Conférence internationale sur le sida 2016, un programme interactif d’événements comportant des discussions de panels, du réseautage de collaboration, des séances de remue-méninges, des présentations, des ateliers, des ressources vidéo et audio, des pratiques traditionnelles et des performances culturelles; chacune des diverses populations constituant les cultures indigènes du monde — dont les populations principales — y trouvait son compte.

Cette année, le GTIIVS s’est associé avec l’organisme PROMETRA. PROMETRA est un organisme international consacré à la conservation et au rétablissement de la médecine traditionnelle africaine et de la science indigène. Les vocations de cet établissement sont la recherche scientifique et culturelle et la pratique médicale; il est également instrumental dans l’intégration africaine et les relations internationales. Son but est de préserver la médecine et la culture traditionnelles africaines ainsi que la culture et la science indigènes par la recherche, l’éducation, la prise de position et la pratique médicale traditionnelle.

La hutte africaine, construite par notre partenaire PROMETRA, a remporté un franc succès auprès de tous ceux qui visitaient notre zone de réseautage, y compris les ministres fédéraux de la Santé du Canada et de pays d’Afrique. Une guérisseuse traditionnelle, qu’on appelle Sangoma en Afrique du Sud, occupait la hutte et accueillait questions et prières tout en faisant partager ses connaissances traditionnelles. Les guérisseurs traditionnels sont consultés par environ 60 % de la population sud-africaine, qui combine généralement ces consultations avec celles de services biomédicaux modernes.

La plupart des délégués qui ont visité la zone de réseautage des peuples indigènes l’ont qualifiée de lieu sûr et adéquat de soutien pour faire de nouvelles rencontres et établir des partenariats.

Approche 90-90-90 d’ONUSIDA

L’ONUSIDA a établi une cible ambitieuse de traitement — la stratégie 90-90-90 — pour aider à éradiquer l’épidémie du sida. D’ici 2020, 90 % de toutes les des personnes vivant avec le VIH connaîtront leur statut sérologique. D’ici 2020, 90 % de toutes les personnes infectées par le VIH dépistées recevront un traitement antirétroviral continu. D’ici 2020, 90 % des personnes recevant un traitement antirétroviral auront une charge virale durablement supprimée.

Toutefois, le vrai travail commence chez soi, pas à ces mégaconférences. Si nous n’agissons pas maintenant, les peuples indigènes formeront les 10-10-10 restants.

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About the Author: Brought to you by the Canadian Aboriginal AIDS Network (CAAN).

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