Saskatchewan : Les médecins demandent la déclaration de l’état d’urgence dans la lutte au VIH et au sida

Monique Fong-Howe

Le 19 septembre 2016, les médecins de la Saskatchewan; Félix Thomas, chef du conseil tribal de Saskatoon; Kim Jonathan, vice-chef de la Fédération des nations indigènes souveraines; et Danita Waypoosewyan demandent au gouvernement provincial de la Saskatchewan de déclarer l’état d’urgence en ce qui concerne la lutte au VIH et au sida. Ce groupe expose un plan d’action en quatre points pour lutter contre l’épidémie du VIH et du sida en Saskatchewan. Le plan se divise comme suit :

  • Déclarer l’état d’urgence, puisque la santé publique est menacée
  • Adopter officiellement les objectifs 90-90-90 d’ONUSIDA pour éradiquer le VIH d’ici 2020
  • Adopter et mettre en œuvre le plan en dix points créé en 2015 par les parties prenantes (cliniques et communautaires) provinciales, apportant un soin particulier à la nomination d’une personne ou d’un organisme avec les ressources et l’autorité pour passer à l’action et mettre en œuvre ce plan pour atteindre ces objectifs
  • Offrir immédiatement une couverture universelle pour le traitement antirétroviral à tous les patients séropositifs de la Saskatchewan, indépendamment de l’autorité dont ils relèvent

Ils ont expliqué que la Saskatchewan est la province où le taux de nouveaux cas de VIH est le plus élevé au pays, et que ce taux peut représenter le double, voire le triple de la moyenne nationale. Ces dernières années, le nombre de nouveaux cas avait relativement diminué, mais il est remonté en flèche en 2015, la province rapportant alors 158 nouveaux cas comparativement à 112 en 2014 .

En 2015, la province comptait 13,8 cas par 100 000 personnes , soit plus du double de la moyenne canadienne annuelle pour 2014, qui était de 5,8 cas par 100 000. Répartis dans toute la province, 158 nouveaux cas peuvent sembler un nombre négligeable. Cependant, certaines communautés — urbaines, rurales et dans des réserves — ont été frappées particulièrement durement, certaines épidémies locales rivalisant en ampleur avec celles des régions les plus sévèrement touchées au monde.

Collectivement, 1 515 cas de personnes infectées par le VIH ont été diagnostiqués en Saskatchewan au cours de la dernière décennie. Les communautés indigènes sont les plus touchées; en effet, 1 075 cas concernent des Autochtones et des Métis, une proportion démesurément élevée (71 %) puisque les indigènes représentent moins de 20 % de la population de la province .

Parmi les autres personnes prenant la parole lors de la conférence de presse figurait Danita Waypoosewyan, membre du conseil du RCAS. Elle a témoigné de son vécu comme personne séropositive depuis onze ans. C’était émouvant de l’entendre se raconter et s’exprimer sur la stigmatisation importante engendrée par le fait de vivre avec le VIH. Danita a parlé de « la nécessité de soutenir nos frères et nos sœurs où qu’ils soient, peu importe ce qu’ils font ». Autre fait intéressant, elle soulignait que nous tous sommes affectés par le VIH; qu’il affecte aussi sa famille.

Le hasard a fait que je me trouvais justement en Saskatchewan alors, et je suis reconnaissant aux médias sociaux d’avoir pu assister à cette conférence de presse. De toute évidence, nous devons nous assurer de l’engagement de nos gens dans toute intervention dans cette crise. Il faut également garder en tête que nous devons nous appliquer à la prévention de nouveaux cas; en particulier, nous devons apporter du soutien aux gens à risque de contracter le VIH et l’hépatite C. Beaucoup d’entre nous qui avions travaillé dans les initiatives de lutte en cours contre le VIH et le sida le savent déjà, le taux d’infection parmi les nôtres est élevé. L’un des importants défis que nous avons est d’expliquer à nos collectivités que le VIH et le sida sont toujours présents. Le visage du VIH et du sida a changé au fil des ans. Pour que soit prévenue la propagation du VIH, beaucoup de personnes indigènes qui utilisent les drogues injectables et ont des relations sexuelles sans protection ont besoin de soutien, de soins et de traitements libres de jugement.

En tant que peuple indigène, nous avons une solide histoire de résilience et de force. Notre culture et les enseignements de nos aînés peuvent aider à nous guider. La Saskatchewan est dotée d’une stratégie indigène de lutte au VIH et au sida pouvant servir pour aider les communautés et les leaders indigènes à mettre en place leurs propres stratégies.

Comme l’exprimait clairement Margaret Poitras, présidente-directrice générale du Réseau espoir de toutes les nations, « il est temps de coordonner un moyen d’intégration des méthodes indigènes dans les interventions sur les causes profondes du VIH en Saskatchewan. Celles-ci incluent les méthodes, les enseignements, les cérémonies et les langues indigènes, lesquels sont importants dans la création de programmes et de politiques axés sur des solutions » [traduction]. Nous avons tous les outils nécessaires pour travailler en partenariat avec les ministères dans cette lutte et pour conserver notre soutien à notre peuple; je le maintiens fermement, car j’en suis profondément convaincue.

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About the Author: Brought to you by the Canadian Aboriginal AIDS Network (CAAN).

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