DorisPar Doris Peltier, Liaison AVVS (RCAS) – Hiver 2013

Je me permets, en préambule, d’expliquer certains acronymes que j’utiliserai au long de cet article. Trop souvent, dans le mouvement autochtone pour le VIH et le sida, nous tenons pour acquis que les gens savent généralement à qui nous faisons allusion lorsque nous parlons des AVVS (Autochtones vivant avec le VIH/sida). Plus loin, par exemple, j’utiliserai peut être le terme PNOAVVS, juxtaposant à AVVS les lettres initiales des Premières Nations d’Ontario. Il sera également d’un acronyme très important, GIPA (participation accrue des personnes vivant avec le VIH/sida ou, en anglais, Greater Involvement of People Living with VIH/sida).

Par ailleurs, je souhaite vous dresser le portrait de ce qu’est la réponse autochtone au VIH en Ontario pour en venir à expliquer les raisons pour lesquelles il était important pour nous que s’y tienne le sommet de 2012, et maintenant celui de 2013. Un conte de deux sommets, c’est avant tout à propos de la participation accrue des personnes vivant avec le VIH/sida, puisqu’il s’agit du point culminant de la vision d’un noyau de PNOAVVS soutenu depuis le début par un groupe, dans la réserve, constitué de cinq éducateurs du Cercle d’éducation des Premières Nations de l’Ontario sur le VIH et le sida (CEPNOVS). Ce groupe représente 133 communautés des Premières Nations de l’Ontario, et reçoit du financement de Santé Canada par le fonds de consolidation des Chefs de l’Ontario. Il est important de noter que le CEPNOVS a toujours appliqué le principe de GIPA, et a consciencieusement intégré les personnes des Premières Nations vivant avec le VIH/sida à son travail. Le défi d’importance, pour le CEPNOVS, est qu’il reçoit du financement pour dispenser de l’éducation et faire de la sensibilisation quant au VIH et au sida auprès de 133 communautés des Premières Nations en Ontario, dans cinq organisations provinciales territoriales, notamment l’Association of Iroquois and Allied Indians, l’Union of Ontario Indians, la Nishnawbe Aski Nation, le Traité no 3 et les Premières Nations indépendantes. Le CEPNOVS n’œuvre pas directement auprès du client; il travaille plutôt sur l’éducation, la sensibilisation et le développement de ressources en lien avec le VIH et le sida pour les communautés des Premières Nations. Il a réussi un important défi, celui d’offrir des séances annuelles et continues de formation entre pairs.

La province compte également un autre intervenant de taille : la Stratégie ontarienne de lutte contre le VIH et le sida à l’intention des Autochtones (SOLVSA), dont le rôle premier est de fournir des services de première ligne aux clients situés dans les zones urbaines en Ontario. Le SOLVSA reçoit son financement par l’entremise de l’organisation provinciale AIDS Bureau of Ontario, celui ci provenant d’un montant affecté aux autochtones urbains de la province. Il est arrivé que le SOLVSA travaille conjointement avec des communautés des Premières Nations, mais cela se faisait à leur invitation.

C’est ici qu’entre en jeu la problématique tumultueuse concernant les compétences, une question parfois épineuse sur le plan politique en raison du fait que le financement de SOLVSA et CEPNOVS provient de deux sources différentes dont l’une est pour les réserves et l’autre hors des réserves. Ce problème de compétence crée d’importantes lacunes dans les services offerts aux OFNPHA vivant dans leur première nation. Plusieurs ne reçoivent pas les soins de santé et le soutien adéquats pour le VIH; il arrive que certains cas se retrouvent entre les mailles du filet.

Étant donné que nous sommes un groupe d’activistes positifs au VIH œuvrant auprès du groupe habitant dans des réserves, certains d’entre nous ont déjà vécu des expériences dans notre communauté d’origine et ont décelé une multitude d’obstacles qui entravent continuellement l’accès aux soins, aux traitements et au soutien pour nos pairs qui décident de continuer à habiter dans leur communauté d’origine. Nous en sommes donc venus à envisager la nécessité de tenir un sommet pour permettre aux PNOAVVS de s’exprimer directement sur les obstacles qu’ils rencontrent lorsqu’il s’agit d’accéder à des soins de santé de qualité dans leurs communautés. La question est complexe, et la même situation existe sans doute dans d’autres régions au Canada. Cette problématique ne date pas d’hier; elle perdure et, en tant que noyau du groupe, nous croyons qu’il est maintenant temps que l’on passe à l’action. Nous comptons recevoir le soutien d’organisations politiques, telles les Chefs de l’Ontario, pour que commencent à se faire sentir une amélioration de la situation et une augmentation des services de soutien au VIH au sein des communautés des Premières Nations.

2012 – Avancer à la pagaie (ou comment naviguer harmonieusement pour renouer avec nos communautés)

Lorsque j’ai décidé, il y a quelques années, de m’engager comme activiste dans la cause contre le VIH/sida, si l’on m’avait dit que les Chefs d’une région tribale adopteraient un jour une résolution pour entériner le principe de participation accrue des personnes qui vivent avec le VIH/sida (GIPA), j’aurais probablement été un peu sceptique. Néanmoins, c’est exactement ce qui s’est produit, en 2012, au sein de la nation Anishinabek, le territoire politique de l’Union of Ontario Indians (UOI). L’UOI est un défenseur politique pour 39 Premières Nations partout en Ontario; cette organisation a le statut de vétéran de l’Ontario, et son existence remonte à la Confédération des Trois Feux, laquelle existait bien avant le contact avec l’Europe. Je me complais à croire que cette résolution historique des Chefs de l’UOI n’aurait pas été possible sans le soutien et la prévenance du Grand chef député Glen Hare. L’an dernier, à l’occasion du sommet, nous avons invité le Chef député à conduire la cérémonie d’accueil dans notre territoire. Contrairement à d’autres dirigeants, il a décidé de demeurer avec nous et d’écouter nos délibérés; depuis lors, il est la vedette politique des gens des Premières Nations vivant avec le VIH et le sida de sa région.

D’autres grands exploits ont été accomplis; d’abord, l’événement était entièrement organisé par des AVVS. Ensuite, pour une première fois dans l’histoire, pour répondre au VIH/sida chez les Autochtones en Ontario, des agences situées dans les réserves et hors des réserves ont travaillé de concert et en mettant de côté les obstacles juridictionnels imposés pour appuyer la vision du groupe noyau de dirigeants des AVVS. La vision sous jacente, en organisant un sommet de ce genre, était de créer un forum pour échanger sur les moyens de créer des liens harmonieux pour les soins aux personnes des Premières Nations vivant avec le VIH dans la province. À l’instar d’autres provinces, en raison de la stigmatisation et de la discrimination à l’égard du VIH au niveau de la communauté, il n’existe aucun modèle de soins, de traitement et de soutien dans les communautés des Premières Nations. Les gens ne reçoivent donc pas les soins qu’ils devraient, et leur cas se retrouve entre les mailles du filet.

2013 – Progresser à la pagaie, naviguer en mettant le cap sur le portage

Encore cette année, le sommet se tiendra à North Bay, du 4 au 6 mars, sous le thème Progresser à la pagaie, naviguer en mettant le cap sur le portage. Lors du premier sommet, nous avions reconnu l’importance traditionnelle des cours d’eau qui, jadis, gardaient nos peuples connectés entre eux; ce temps est révolu, et les entités gouvernementales ont créé un écart entre nos peuples. Cette année, en mettant le cap sur le portage, nous affirmons essentiellement notre connexion avec les terres et la signification d’un portage dans notre cheminement en tant que membres des Premières Nations vivant avec le VIH/sida. Il nous faut reconnaître les obstacles et trouver des moyens de naviguer vers le portage et de le traverser ensemble. Pour moi, les métaphores progresser à la pagaie et naviguer en mettant le cap sur le portage symbolisent le cheminement de la vie et l’acte d’avancer continuellement. Il s’agit également d’un point de vue mondial des indigènes, et j’espère que d’autres y adhéreront.

Je ne peux passer sous silence la contribution de mes pairs, en particulier le noyau du groupe avec qui j’ai partagé ce cheminement. Je me sens privilégié de pouvoir travailler aux côtés de guerriers si humbles, si puissants et pourtant si apaisants. À l’aube de notre deuxième sommet, il m’apparaît d’autant plus important de souligner leur inépuisable dévouement ainsi que les nombreuses heures de travail qu’ils ont investies dans la préparation et la tenue d’innombrables réunions du comité directeur. Afin de respecter l’anonymat et la confidentialité de ces personnes, je ne les nommerai pas, mais elles se reconnaissent. Miiquetch!

L’amour nous transporte là où nous appartenons, où les aigles pleurent, dans les montagnes haut perché, l’amour nous transporte là où nous appartenons, loin des mondes que nous connaissons, là où soufflent des vents frais (Buffy Ste Marie, Up Where We Belong)

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