Déclaration sur l’engagement profond des Autochtones

 

Cette déclaration est destinée à agir comme balise afin d’améliorer le fonctionnement du partenariat entre les joueurs autochtones et non autochtones. Elle vient répondre aux demandes de membres du RCAS quant au moyen optimal de déterminer les problématiques d’importance dans le cadre d’ententes de partenariat. Elle vise à rappeler qu’il existe différents niveaux d’engagement et que, parfois, des problématiques d’ordre politique peuvent survenir. Bien que nous soyons au fait de choix individuels d’Autochtones vivant avec le VIH et le sida (AVVS) de joindre divers comités ou conseils, et bien que nous respections ces choix, ce niveau de représentation ne constitue en rien une abdication quant aux droits d’autres AVVS d’avoir accès à des programmes et à des services culturellement contrôlés.

Créé en 1992, le RCAS venait répondre à un besoin qu’a décelé un groupe préoccupé d’Autochtones, dont certains vivaient avec le VIH et le sida, d’avoir un organisme de cette nature. Initialement incorporé sous le nom de Réseau national des Autochtones vivant avec le VIH/sida, le groupe n’était toutefois pas en mesure de se mobiliser pleinement, en grande partie par manque de ressources financières disponibles pour la communauté autochtone lors des deux premières phases de la Stratégie nationale sur le SIDA du Canada.

Au terme de la deuxième phase de la Stratégie nationale sur le SIDA, en 1997, le RCAS a reçu, par ce qui était alors la Direction générale des services médicaux (maintenant la Direction générale de la santé des Premières nations et des Inuits) de Santé Canada, un financement lui permettant de s’incorporer et d’établir un bureau à Ottawa. Peu de temps après, de nombreux groupes pour la lutte au VIH et au sida chez les Autochtones ont mis fin à leur appartenance à d’autres organisations nationales de lutte au VIH et au sida pour devenir membres du RCAS. En raison de son mandat principal, la lutte au VIH et au sida, le RCAS constitue donc la voix principale concernant les problématiques autochtones sur le VIH et le sida, les AVVS et les organismes autochtones de services liés au sida.

Le RCAS est l’un des partenaires nationaux travaillant conjointement avec le gouvernement fédéral pour s’assurer qu’une réponse exhaustive au VIH et au sida soit offerte au Canada. Outre le RCAS, le Conseil national autochtone sur le VIH/sida formule également des avis au gouvernement fédéral quant aux politiques concernant les problématiques des Autochtones sur le VIH et le sida. Cette organisation et le RCAS travaillent en étroite collaboration, et la plupart des membres de l’une font également partie de l’autre, ce qui assure, d’une part, la rationalité et la cohésion des actions et, d’autre part, des rôles et des relations clairement établis.

Cette déclaration a pour but de clarifier que malgré le respect qu’éprouve le RCAS concernant les décisions de ses membres (individuels et organisationnels) de faire des redressements lorsqu’ils le jugent nécessaire, il n’en subsiste pas moins, pour des groupes d’Autochtones, des besoins essentiels dans toute négociation de partenariat pouvant survenir avec la communauté non autochtone. Ces besoins sont les suivants :

  • Une reconnaissance et une acceptation que les Autochtones possèdent des droits conférés par traité et des droits en tant que peuples autochtones, et ne sont pas classifiés comme minorité visible. Le droit à l’autodétermination est la clé lorsqu’il s’agit de traiter des impacts négatifs découlant de politiques d’assimilation sanctionnées par le gouvernement (pensionnats, etc.). Les peuples autochtones ont des systèmes parallèles qui doivent être reconnus.
  • Les peuples autochtones nécessitent des ressources adéquates (non basées sur des formules par tête) pour concevoir, livrer et contrôler des programmes et des services pertinents et culturellement appropriés.
  • Les Autochtones ont individuellement tous les droits et toutes les libertés offertes à quiconque de choisir à quels programmes et services ils accéderont. Ce droit de choisir ne diminue en rien leurs droits de disposer de programmes et de services spécifiquement destinés aux Autochtones. Lorsque certains Autochtones se prévalent de services auprès de fournisseurs de non autochtones, ils le font à titre individuel et non en tant que représentants officiels de la population autochtone.
  • Les Autochtones proviennent de contextes diversifiés et ne constituent pas un groupe homogène unique. Cette diversité se trouve à la fois au sein des Premières Nations et entre les Premières Nations, les Inuit et les Métis. Elle peut porter sur le comportement à risque, l’iniquité entre les sexes, l’orientation sexuelle, le statut social, les problématiques historiques, et se jumelle parfois à des facteurs environnementaux, tels les établissements correctionnels, ce qui crée souvent une minorité au sein même d’un groupe minoritaire.
  • Il peut survenir une compétitivité entre les intérêts lorsque sont considérés des partenariats. Il peut s’agir d’une perception qu’une vaste organisation cherche à absorber un petit groupe, ou qu’un groupe important ait peur de perdre une source de financement. Tant l’un que l’autre sont des sentiments légitimes qui doivent être discutés ouvertement afin de bien comprendre de quelle façon travailler ensemble. Il doit être clairement établi que les éléments qui ont contribué aux nombreux défis sociaux que vivent les Autochtones sont basés sur une société généralement non autochtone qui, appuyée par des politiques gouvernementales, a cherché à définir tant le problème que la solution pour les Autochtones, et non en collaboration avec eux.
  • Les Autochtones possèdent une vision du monde distincte sur la gouvernance des structures de leurs sociétés. Les efforts interculturels ne constituent qu’un des moyens pour aider à combler le fossé entre deux visions du monde qui diffèrent.
  • Les Autochtones vivent souvent de nombreux défis qui causent des iniquités difficilement surmontables. Ces « expériences vécues » doivent être traitées comme une base commune unissant tous les Autochtones, qui sont les experts en ce qui concerne leurs communautés et leurs affaires. Les solutions réelles et durables ne pourront provenir que de la population autochtone même.
  • Les Autochtones doivent être partenaires égaux et à part entière dans toute relation, et ont le droit d’insister pour le respect des protocoles et des codes de conduite communautaires et culturels. Dans certains cas, le transfert de capacités sera envisagé entre les partenariats autochtones et non autochtones afin de permettre aux Autochtones de faire eux-mêmes progresser leurs travaux.
  • Les partenariats sont souvent nécessaires et doivent être négociés dans le respect et avec un réel désir d’atteindre des objectifs mutuels sans qu’en soient dictés le processus ou les résultats.
  • Les organisations non autochtones fournissent effectivement des services aux Autochtones. Ces services doivent être évalués avec justesse afin de déterminer : 1) s’il serait avantageux que ceux-ci soient fournis par une organisation autochtone et, si tel est le cas, dans quelles conditions; 2) le moyen de collaboration optimal avec les groupes autochtones afin que les services fournis par des groupes non autochtones soient dotés de systèmes de référence adéquats. Personnel autochtone, engagement et autonomie des Autochtones.
  • La pierre angulaire du développement communautaire réside dans l’engagement profond de la communauté ciblée, et ce, à toutes les étapes de ce développement.

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