Trevor

Par Doris Peltier et Trevor Stratton – Mai 2012

Liaisons avec les AVVS – Réseau canadien autochtone du sida

Il a souvent été dit que « le VIH ne connaît ni frontière ni autorité ». Par conséquent, une question s’impose : Pourquoi continuons?nous à restreindre nos actions à notre seul champ d’application et à utiliser des méthodes de travail cloisonnées pour réagir au VIH dans nos communautés autochtones? Cette question a été soulevée plus d’une fois et à plus d’une occasion par les personnes endossant le rôle de leaders des AVVS. De grandes choses sont susceptibles d’être accomplies lorsque le principe sous?jacent de la participation accrue des personnes qui vivent avec le VIH/sida (GIPA) peut s’épanouir et être encouragé et appuyé; cela éveillera une vision de renouement harmonieux des liens avec nos communautés, comme ce fut le cas déjà.

En effet, c’est ce qui s’est produit en Ontario récemment, lorsque les leaders des AVVS de cette vaste région ont franchi un pas historique en organisant un sommet de deux jours et demi à North Bay pour rassembler des AVVS, et ce, sans égard ni distinction au fait qu’ils vivaient ou non sur les réserves et avaient ou non le statut d’Indien. Il va sans dire, ce fut un grand honneur de rencontrer de nouveaux pairs, en particulier ceux qui n’avaient jamais encore pris part à un rassemblement ou à une conférence en lien avec le mouvement contre le VIH et le sida chez les Autochtones. La réprobation et la discrimination sont encore importantes à l’égard de nos pairs qui choisissent de vivre dans leur communauté des Premières Nations et une « loi du silence » prévaut à l’égard du VIH dans nos communautés; ceci constitue un autre obstacle bien réel à un engagement profond chez certains de nos pairs et explique que certains aient auparavant été réticents à participer à ce type d’événement. La tenue de ce Sommet était motivée par le besoin de discuter des problèmes concrets entourant la liaison pour recevoir des soins, des traitements et du soutien pour nos pairs vivant en région reculée; nous avons également abordé le problème de discontinuité engendré par les obstacles juridictionnels dans la région.

DorisIl est important de noter que le processus qui a abouti à ce Sommet historique a été enclenché près de quatre ans avant sa tenue en mars 2012. Lors des réunions trimestrielles du Cercle d’éducation des Premières Nations de l’Ontario sur le VIH et le sida (CEPNOVS), un noyau formé de quatre membres du cercle des AVVS a entamé des échanges avec des éducateurs du CEPNOVS en définissant ce qu’il considérait comme des obstacles et des défis pour les régions; les premières rencontres ont eu pour but de trouver un moyen mobilisateur pour créer un caucus des AVVS à l’échelle de la province. Le noyau du groupe a présenté une argumentation solide et a récolté l’appui des éducateurs afin de mettre en marche le processus pour créer une vision.

Il existe en Ontario trois organisations non gouvernementales (ONG) impliquées dans la réponse au VIH chez les Autochtones vivant dans la province, à savoir :

Le Cercle d’éducation des Premières Nations de l’Ontario sur le VIH et le sida (CEPNOVS), une entité axée sur l’éducation et la sensibilisation au VIH et au sida chez les Premières Nations en Ontario. Elle est composée de quatre structures territoriales provinciales (STP) et de la Independent First Nations Alliance. Sous l’autorité des Chefs de l’Ontario, le CEPNOVS a pour tâche d’éduquer les communautés des Premières Nations de l’Ontario sur le VIH et le sida, de les sensibiliser et de leur procurer des ressources. Le cercle comporte un éducateur pour chacun des STP et un éducateur pour la Independent First Nations Alliance, cinq AVVS, un Aîné et un jeune. Les STP incluent les organisations suivantes : Association of Iroquois and Allied Indians, Nishnawbe Aski Nation, Union of Ontario Indians, Premières Nations du Traité 3 et Independent First Nations Alliance.

La Stratégie ontarienne de lutte contre le VIH et le sida à l’intention des Autochtones (SOLVSA) s’adresse d’abord et avant tout aux Autochtones de l’Ontario vivant en zone urbaine. L’objectif principal de la SOLVSA est de fournir aux peuples autochtones de l’Ontario des programmes et des stratégies sensibles respectant leur culture pour répondre à l’épidémie croissante du VIH et du sida par la promotion et la prévention; la SOLVSA fournit des soins de longue durée, des traitements et des initiatives d’appui qui sont compatibles avec la réduction des préjudices. Ces services sont dispensés par quinze membres du personnel stratégiquement placés dans des centres urbains partout en Ontario. La SOLVSA dessert surtout les Autochtones vivant en zone urbaine, mais elle a occasionnellement visité des Premières Nations sur invitation pour tenir des ateliers et livrer des services aux clients.

L’organisation de services sans but lucratif 2-Spirited People of the 1st Nations (2?Spirits) est constituée de membres autochtones homosexuels, bisexuels et transgenre de Toronto. Les programmes et services de l’organisation 2?Spirits incluent des services d’éducation, de sensibilisation, de prévention et de soutien en lien avec le VIH et le sida, tant pour les personnes bispirituelles que pour les autres AVVS. L’organisation 2?Spirits se distingue par son unicité comme organisation autochtone non gouvernementale représentant les personnes bispirituelles au Canada.

Il importe que soient reconnues les trois organisations ci?dessus, car elles ont fait franchir un autre pas historique en ce qui concerne la réponse au VIH chez les Autochtones en Ontario. En effet, la décision du noyau de leaders des AVVS d’inviter les représentants de ces trois organisations à se joindre à eux pour traiter de la réponse au VIH dans la province sa table constituait un événement sans précédent. Au cours des dernières étapes, les principaux intervenants autochtones ont été pleinement représentés lors de la planification du Sommet et au sein de son comité consultatif. Il est également à noter que les courtiers en énergie, à cette occasion, étaient des AVVS.

La première rencontre du Comité consultatif du Sommet des Autochtones vivant avec le VIH/sida chez les Premières Nations de l’Ontario — la seule rencontre qui se soit d’ailleurs tenue entre personnes — s’est déroulée à Toronto, en novembre, et avait pour but d’enclencher le processus de planification du Sommet. Lorsque cette rencontre historique a commencé à s’enliser dans le bourbier politique des obstacles juridictionnels, l’une des membres AVVS a promptement ramené la discussion au sujet à traiter en déclarant qu’il fallait écarter la politique et se concentrer à chercher des solutions, ajoutant qu’il s’agissait des vies de personnes et qu’il fallait trouver une façon de travailler conjointement sans s’enliser dans des aspects politiques. Le processus dont nous avons convenu a été extrait du rapport d’évaluation final rédigé par l’évaluatrice Mary Jamieson, des Native Management Services.

Le travail a commencé avec le développement d’une entente sur un service de collaboration — une autre primeur en Ontario — qui identifiait les trois parties impliquées, à savoir le Cercle d’éducation des Premières Nations de l’Ontario sur le VIH et le sida (sur la réserve), la Stratégie ontarienne de lutte contre le VIH et le sida à l’intention des Autochtones (surtout en zone urbaine), et l’organisation 2?Spirited People of the 1st Nations (une ONG autochtone établie à Toronto et représentant les personnes bispirituelles).L’ entente pour un service de collaboration explique les grandes lignes du travail à accomplir par les parties dans le cadre de l’organisation du Sommet. Le Comité consultatif du Sommet pour les AVVS des Premières Nations de l’Ontario a rédigé un mandat afin de les aider à atteindre les résultats voulus, ce mandat étant axé sur la création d’une voix unifiée pour les AVVS des Premières Nations de l’Ontario, sur le développement d’un réseau de soutien efficace et sur la formation et la transition harmonieuse pour la prévention, les soins, le traitement, le soutien et les services aux AVVS des Premières Nations de l’Ontario, peu importe l’endroit en Ontario où ils choisissent de vivre. (M. Jamieson – Rapport d’évaluation du Sommet des Autochtones vivant avec le VIH/sida chez les Premières Nations de l’Ontario, 2012)

Dans l’entente sur un service de collaboration, les trois organisations reconnaissent que les partenariats sont une base essentielle afin de traiter des disparités touchant les Autochtones vivant avec le VIH/sida chez les Premières Nations de l’Ontario, et elles acceptent de travailler ensemble pour planifier le Sommet des Autochtones vivant avec le VIH/sida chez les Premières Nations de l’Ontario.

Cette première rencontre a donné le coup d’envoi au travail du Comité consultatif des Autochtones vivant avec le VIH/sida chez les Premières Nations de l’Ontario, et il est de mon devoir de mentionner que les AVVS ont eux?mêmes pris en charge toutes leurs rencontres ainsi que la recherche et le développement de documentation de soutien; ils ont également coordonné leurs téléconférences hebdomadaires par Skype.

Le budget pour le Sommet provenait d’une proposition du CEPNOVS dont la rédaction a été dirigée par Rene Boucher. Le Sommet s’est vu octroyer 50 000 $ par la Direction générale de la santé des Premières nations et des Inuits de Santé Canada, et 20 000 $ par le Bureau de lutte contre le sida (acheminé par la SOLVSA) pour soutenir les coûts reliés au déplacement, pour le Sommet de North Bay, de trente participants et de dix présentateurs et organisateurs, du 6 au 8 mai.

Je conclus en déclarant que le Sommet a remporté un succès énorme, et que des discussions sont en cours pour qu’ait lieu un deuxième sommet en 2013. Lorsqu’il nous a été demandé de soumettre un article individuel pour cette édition du bulletin de RCAS, nous étions convaincus qu’il était important de rattacher nos activités de liaison des AVVS à quelque chose de concret illustrant notre rôle réel en tant que liaison entre les AVVS et le RCAS. Comme nous jouons un rôle dans une équipe, il nous arrive relativement souvent de travailler en tandem! Même si nos rôles en tant que liaison AVVS sont, par définition, des postes à temps partiel, il nous arrive souvent de dépasser largement les attentes liées à nos tâches lorsqu’il s’agit d’exécuter du travail sur le terrain; pour tout dire, nous sommes engagés dans notre travail lorsqu’il est question d’organiser un événement sur le terrain, par exemple ce Sommet, avec d’autres leaders des AVVS.

En toute salutation,

Doris Peltier et Trevor Stratton

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