par Doris Peltier, agente de liaison AVVS

Au cours des derniers mois, des discussions se sont déroulées en haut lieu sur la scène fédérale, alors que l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) a proposé d’adopter une approche plus intégrée, ou holistique, pour la diffusion de l’information et la prestation des services liés au VIH, au VHC et autres infections transmises sexuellement et par le sang (ITSS), et la tuberculose. Cela signifie essentiellement que l’information diffusée et les services offerts toucheront désormais les ITSS et la tuberculose. Dès lors, la question se pose : quelles sont les implications de cette décision sur les caucus des AVVS, qui existent depuis longtemps?

En tant qu’agents de liaison des AVVS auprès du Réseau canadien autochtone du sida, Trevor Stratton et moi-même sommes honorés d’assurer la coordination du comité consultatif des AVVS du RCAS et des caucus des AVVS. Étant la seule organisation autochtone sur le VIH prônant la participation accrue des personnes vivant avec le VIH/sida (GIPA), les AVVS jouent un rôle fort important au sein du RCAS. En préparant les caucus annuels ou semestriels des AVVS, le comité consultatif des AVVS a son mot à dire dans la détermination des questions qui seront abordées lors de ces rencontres. J’occupe la fonction d’agente de liaison des AVVS depuis cinq ans et j’ai pu constater à quel point le groupe s’est développé. En réalité, ce groupe dûment constitué a acquis et développé un réel niveau de connaissance et de compétences et le groupe exerce maintenant un réel leadership. Les AVVS qui y contribuent développent un sentiment d’appartenance et, plus important encore, ils savent que la plus stricte confidentialité sera respectée.

Lors de nos deux dernières rencontres avec les membres du comité consultatif des AVVS, nous avons amorcé des discussions sur les propositions qui ont été faites et avons commencé à planifier le contenu des discussions qui, selon nous, devraient être fort animées lors du caucus des AVVS qui se déroulera dans le cadre de l’assemblée générale annuelle du RCAS. Nous avons eu des discussions préliminaires sur les impacts possibles de cette nouvelle approche sur les activités actuelles du caucus des AVVS, mais avons décidé de tenir des discussions formelles qui réuniront l’ensemble du groupe. Nous avons évoqué la nécessité de reconnaître que, dans nos propres communautés, il faut encore combattre les stigmates et la discrimination associés au VIH et au sida. Voilà un sujet de discussion fort complexe, surtout si l’on ajoute la question de la criminalisation reliée au VIH, enjeu qui renforce encore la stigmatisation.

Certains peuvent s’inquiéter de cette nouvelle approche, mais en réalité, il ne s’agit pas d’un concert réellement nouveau. Comme Autochtones, nous avons toujours privilégié une approche holistique et nous nous sommes battus pour que celle-ci soit reconnue sur les plans national et international. Pour illustrer cela, voici deux extraits de documents qui montrent bien que le modèle holistique est bien présent dans la pratique autochtone.

Commission royale sur les peuples autochtones:

Comme Autochtones, nous avons toujours préconisé et mis en pratique une approche intégrée de la santé. Le rôle central de la santé dans le bien-être des peuples autochtones du Canada est bien résumé par la Commission royale sur les peuples autochtones (CRPA) :

Dans beaucoup de cultures autochtones, être en bonne santé représente un état d’équilibre et d’harmonie du corps, de la pensée, des émotions et de l’esprit. La bonne santé est un lien entre l’individu et la famille, la collectivité et la terre, formant ainsi un cercle de dépendance et d’interdépendance, que certains appellent la roue de l’Esprit. Pour les non-autochtones, la santé a surtout été considérée comme le résultat de soins médicaux. Mais nous découvrons rapidement que tout système de soins dans lequel la santé se définit simplement par l’absence de maladie et de handicap comporte de profondes lacunes. RCPA 1996).

Déclaration sur la santé et la survie des peuples autochtones

La Déclaration sur la santé et la survie des peuples autochtones tient son origine d’une vaste consultation internationale sur la santé des peuples autochtones organisée en 1999 à Genève par l’Organisation mondiale de la santé. Les résultats de cette consultation ont été présentés en 2002 à l’Instance permanente des Nations Unies sur les questions autochtones. La déclaration en cinq parties reprend les grands principes de la Déclaration des droits des peuples autochtones en les appliquant aux questions de santé. Elle établit le lien entre la culture, le milieu naturel, les droits des personnes et la santé, et propose une définition de la santé.

La Déclaration de 1999 sur la santé et la survie des peuples autochtones de l’Organisation mondiale de la santé propose la définition suivante de la santé des Autochtones : Chez les peuples autochtones, le concept de santé et de survie est un processus intergénérationnel à la fois individuel et collectif qui tient d’une approche holistique et englobe quatre dimensions distinctes de la vie, soit les dimensions spirituelle, intellectuelle, physique et émotive. Constituant le lien qui unit ces quatre dimensions fondamentales, la santé et la survie sont présentes à de multiples niveaux où cohabitent le passé, le présent et l’avenir (Document préparatoire pour l’Instance permanente des Nations Unies sur les questions autochtones, mai 2002).

Notre principal défi est et continuera d’être de combattre la stigmatisation et la discrimination, tout en poursuivant nos efforts sur le plan des soins du VIH et du sida, des traitements, du soutien et de la prévention. Dans la hiérarchie des maladies, le VIH et le sida sont au bas de la liste. Au sein de ma communauté, on utilise le mot wiinaapinewin pour désigner le VIH, mot qui signifie « maladie sale ». Un de mes collègues pour qui j’ai beaucoup d’admiration et qui œuvre dans les communautés autochtones éloignées du nord de l’Ontario affirmait : « Dans nos communautés, il y a une véritable loi du silence et une grande hésitation à parler de VIH et de sexualité ».

C’est là notre dilemme : la honte qui accompagne le traumatisme historique que nous avons subi a un effet d’entraînement et ces expériences douloureuses font en sorte que nos peuples répugnent à parler de sexualité. Comment pouvons-nous affirmer l’importance de déconstruire nos façons de penser et réussir à parler de sexualité de façon positive par la prévention?

Il est important de souligner que le modèle holistique est une approche globale et qu’elle est efficace pour aborder les questions relatives à toutes les autres maladies, dont le VHC et les ITSS, et qu’elle nous aidera dans la promotion d’une sexualité saine.

L’Organisation mondiale de la santé définit ainsi la santé sexuelle :

« La santé sexuelle est un état de bien-être physique, mental et social dans le domaine de la sexualité. Elle requiert une approche positive et respectueuse de la sexualité et des relations sexuelles, ainsi que la possibilité d’avoir des expériences sexuelles qui soient sources de plaisir et sans risque, libres de toute coercition, discrimination ou violence. »

L’un des principaux projets dans lequel j’ai été impliquée au cours des deux dernières années, tout comme plusieurs femmes autochtones dans l’ensemble du pays, est le projet de recherche Visioning Health: An Arts-Informed Approach to Understanding Culture and Gender as Determinants of Health for HIV-Positive Aboriginal Women. Ce projet utilise une approche fondée sur les forces, s’appuie sur une méthodologie axée sur la décolonisation et sur l’art et englobe les pratiques culturelles et cérémoniales. Il marque un changement par rapport à la façon habituelle de mener des recherches. Il fallait raconter une nouvelle histoire, l’expérience de vie de femmes autochtones résilientes et fortes devant les ravages d’une épidémie qui fait tant de victimes au Canada.

En conclusion, je crois fermement que le fait d’accepter, de reconnaître et d’inscrire les pratiques culturelles et cérémoniales dans chacune de nos actions ne peut que renforcer nos communautés et nos nations. La recherche autochtone emprunte cette direction dans un cheminement vers la décolonisation. Nous devons mettre fin à cette habitude de percevoir nos vies en fonction des déficits. Nos communautés ont besoin d’entendre une autre histoire, une histoire qui s’appuie sur notre résilience et nos forces et qui démontre que nous pouvons réussir plutôt que simplement survivre.

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