Par Trevor Stratton, coordonnateur du Groupe de travail indigène international sur le VIH et le sida (GTIIVS)

La Conférence préliminaire indigène internationale sur le VIH et le sida avait lieu à Sydney, en Australie, sous le thème « Notre histoire, notre ère, notre avenir » http://www.indigenoushivaids2014.com ; elle fera partie de l’histoire en tant qu’exemple de réussite en ce qui concerne la mise en valeur de notre passé, notre présent et notre avenir. Le patrimoine laissé par les peuples indigènes d’Australie et de partout au monde dans le cadre de la Conférence internationale sur le sida 2014 (AIDS 2014, http://www.aids2014.org/) et de notre conférence préliminaire se fera sentir pendant encore de nombreuses années.

À Sydney, notre histoire a commencé par l’acte de reconnaissance des propriétaires traditionnels de la terre, le peuple des Gadigal de la nation des Eora. Experts du domaine de la santé, aînés, jeunes, organisations indigènes, organisations pour le VIH, GTIIVS, représentants internationaux, ministère national de la Santé, gouvernement de la Nouvelle-Galles-du-Sud; tous ces partenaires locaux se sont réunis pour former un comité d’organisation, l’AATSIOC (Australian Aboriginal and Torres Strait Islander Organizing Committee), que chapeautaient James Ward et Michael Costello.

C’est avec fierté que le GTIIVS et l’AATSIOC ont annoncé l’ouverture de la cinquième Conférence préliminaire indigène internationale sur le VIH et le sida depuis 2006; pour une première fois, il s’agissait d’un événement indépendant affilié à la Conférence internationale sur le sida 2014. Lors de la conférence préliminaire, le fait que les peuples indigènes sont surreprésentés dans les populations clés à risque de contracter le VIH et le sida ressortait constamment.

On notera avec intérêt que les conférenciers du panel d’indigènes vivant avec le VIH ont abordé la signification, pour les indigènes, du thème d’ONUSIDA, « Atteindre zéro », dans une réalité où la sensibilisation et l’accès à la prévention et au traitement est un concept encore bien abstrait pour de nombreux peuples indigènes. Les indigènes vivant avec le VIH avec qui je me suis entretenu et qui avaient pris part au cercle de la parole des séropositifs soutenaient qu’il s’agissait du point saillant de la conférence préliminaire. Des cercles de la parole ont également eu lieu parmi les groupes indigènes suivants : les jeunes, les personnes transsexuelles, les femmes et les filles, les utilisateurs de drogues injectables, les homosexuels et les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes. Chaque cercle de la parole se rapportait ensuite à la délégation réunie lors de la plénière de clôture. Le partage culturel fut intense, de nouveaux liens d’amitié se sont formés et des amitiés existantes se sont renforcées.

Dans le cadre d’une réception d’accueil dans le pays, nous avons eu droit à une chorégraphie traditionnelle mettant en vedette les autochtones et les insulaires du détroit de Torres et exécutée par la troupe « Descendance, Aboriginal and Torres Strait Islander Dance Theatre ». Le deuxième soir, nous nous sommes tous rendus à Darling Harbour, où nous sommes montés à bord du Tribal Warrior pour une croisière agrémentée d’un repas. Enfin, la soirée de clôture, couronnée par un partage culturel, s’est déroulée au Bangarra Studio Theatre, à Walsh Bay.

Au terme d’une conférence préliminaire de trois jours, les peuples indigènes ont teinté de leur présence la Conférence internationale sur le sida 2014, qui se tenait à Melbourne. Des experts indigènes étaient mis en avant-plan dans des ateliers, des affiches, des plénières et même un symposium qui mettait en vedette le volet scientifique de cette importante conférence. Tout cela faisait ressortir le besoin de voir les organismes gouvernementaux et communautaires reconnaître les peuples indigènes comme étant une population clé.

L’on référait à la zone de réseautage des peuples indigènes, située dans le Global Village de la Conférence internationale sur le sida 2014, sous le surnom affectueux Djamabanna Ngargee Birrarung Marr, surnom qui fait d’ailleurs l’objet d’une page Facebook. Ce surnom signifie « rassemblement au bord de l’eau » dans la langue des peuples de Boon Wurrung et de Wurundjer, qui appartiennent à la nation de Kulin, propriétaire indigène traditionnel de la terre. Notre zone de réseautage a d’ailleurs permis d’apporter, dans le cadre de l’événement, dignité culturelle et partage culturel, imprégnant l’événement de chaleur.

Dans la zone de réseautage, d’autres cercles de la parole ont pris place et créé, pour les indigènes vivant avec le VIH, une occasion indispensable d’apprendre à se connaître entre eux, d’échanger sur leurs expériences communes et, tout simplement, de se sentir bienvenus. Tout le monde y a trouvé sa place; personne n’était laissé en marge dans cet espace sécuritaire. Même au moment d’écrire ces lignes, je revois les visages de mes pairs indigènes de partout au monde, des larmes de joie aux yeux. Ils me manqueront beaucoup, d’ici à ce que nous nous rencontrions à nouveau, soit sur la Terre, notre Mère, soit dans le monde des Esprits.

Patrimoine de la Conférence internationale sur le sida 2014 d’Australie

Les peuples indigènes n’auraient pu enrichir d’un tel patrimoine après à la Conférence internationale sur le sida 2014 et la conférence préliminaire indigène sans un solide partenariat, en Australie, entre les peuples indigènes, les intervenants du secteur du VIH et du sida et les paliers gouvernementaux nationaux et étatiques de l’Australie. L’Australie, en se tournant vers des pays comme le Canada, des pays où le taux très élevé d’infection au VIH chez les peuples indigènes est alarmant, accomplit des réussites dans la mise en œuvre de systèmes de prévention, de traitement et de soutien aux indigènes quant au VIH et au sida. D’autres pays où se trouvent des populations indigènes auraient beaucoup à apprendre de l’expérience de l’Australie.

Au cours de la conférence préliminaire, sortant tambours et trompettes, les membres de l’AATSIOC ont lancé le plan d’action Eora (http://eoracalltoaction.wordpress.com/), qui fait partie du précieux patrimoine de l’Australie. Le plan d’action Eora exprime les inquiétudes des peuples autochtones et insulaires du détroit de Torres sur le VIH et ses effets potentiels sur leurs communautés. Le plan s’attarde en particulier sur la prévention du VIH chez les personnes autochtones et insulaires du détroit de Torres vivant avec le VIH, notamment sur les bons soins cliniques et la saine gestion, cherchant à attirer l’attention et les efforts sur ces aspects.

Fait également partie du patrimoine australien au terme de la Conférence internationale sur le sida 2014 le lancement d’ANTHYM (Aboriginal Nations Torres Strait Islander HIV Youth Mob, http://www.anthym.org/) qui, après le Conseil national autochtone de la jeunesse contre le VIH et le sida du Canada et le National Native Youth Council on HIV & AIDS (NNYCHA) des États-Unis, constitue le troisième comité consultatif indigène national traitant du VIH, du sida et de la santé sexuelle au monde.

Il existe plusieurs façons de s’impliquer auprès d’ANTHYM. À l’aide de ses réseaux sociaux, on peut savoir ce que les gens y racontent ou exprimer ses propres opinions. On peut également aller sur Twitter, utilisant le mot dièse #ANTHYM, pour exprimer son point de vue sur les problématiques touchant sa communauté. Enfin, on peut désigner des jeunes indigènes pour joindre le comité afin d’aider à guider les travaux d’ANTHYM et à promouvoir des messages sur les pratiques sexuelles sans risque et les pratiques d’injection sécuritaires.

Au cours des quatre prochaines années, l’Australie commencera à organiser des journées de sensibilisation au sida chez les autochtones, se basant sur le modèle de la Semaine nationale de sensibilisation au sida chez les Autochtones qui se déroule annuellement, du 1 au 5 décembre, au Canada.

Pour en apprendre davantage sur les événements que vous réserve le Groupe de travail indigène international sur le VIH et le sida, visitez les sites http://iiwgha.org ou http://aboriginalaidsawareness.com/, où seront annoncés les événements de l’édition 2014 de la SSSA.

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