Par Doris Peltier, coordonnatrice nationale pour les femmes autochtones

En intitulant cet article « Nous veillons sur la famille », je désirais souligner ce que nous a rappelé un aîné lors de la clôture de la Conférence préliminaire indigène internationale de 2014, à Sydney, en Australie. J’adore cette façon qu’ont les aînés d’aller droit au but et de nous rappeler quelles sont nos responsabilités envers notre communauté. Il s’agit pour moi d’une vérité intrinsèque qui s’inscrit implicitement dans nos valeurs indigènes et l’interdépendance qui existe au niveau individuel, familial, communautaire et national. Cette vérité qu’il exprimait est venue me chercher parce qu’elle évoquait la façon dont chacun de nous a un rôle dans la façon de déterminer comment « nous veillons sur la famille ». Je pense qu’en fin de compte, ce message en était un d’autodétermination.

Par cet article, je souhaite juxtaposer cette vérité intrinsèque édictée par un aîné à ce que vit le groupe des femmes indigènes. Malheureusement, au moment même où je rédigeais cet article, on annonçait la découverte, dans une de nos régions, du corps d’une fille indigène de 15 ans, comme pour rappeler l’urgence du besoin de « veiller sur la famille ». Au Canada, chaque aspect de l’expérience de vie d’une femme indigène s’imprègne de la problématique de la violence faite aux femmes et aux filles indigènes. Bien souvent, étant moi-même une femme indigène, j’éprouve un vif sentiment d’impuissance devant la violence dirigée vers celles qui, dans nos nations, donnent la vie.

Il faut que des interventions communautaires commencent à la base, et ce, le plus tôt possible! Bien souvent, certains sont portés à voir les interventions à travers un prisme occidental traditionnel, c’est-à-dire comme « l’acte d’intervenir […], de faire une entrée délibérée dans une situation […], en vue d’influer des événements ou d’empêcher des conséquences indésirables ». Il s’agit là de la définition donnée par le dictionnaire Encarta quant au terme intervention, et je suis en désaccord avec la façon dont est utilisé le terme conséquences indésirables, puisque nous traitons avec de vraies personnes qui ont une famille.

En revanche, en abordant les interventions à travers un prisme indigène, on reconnaît que les nouveau-nés sont des « cadeaux du Créateur ». Je me souviens d’une cérémonie d’accueil, à l’occasion de la venue au monde de ma fille, qui avait lieu dans ma parenté (un terme que j’utilise au sens large, parce qu’il s’agissait de sa famille élargie dans la communauté); tour à tour, les aînés la prenaient dans leurs bras, chacun lui révélant calmement une vérité sur la vie. Je n’entrerai pas dans les détails de la cérémonie, mais j’en profite pour ajouter qu’elle se déroulait selon le principe même qu’« il faut une communauté pour élever un enfant ». Au cours de cette cérémonie, elle a également reçu son nom spirituel de ses deux parrains, qu’on appelle, en langue oji-cri, kwiimes.

Pour en revenir au titre de cet article, je n’utiliserais pas le terme intervention pour désigner ce que nous faisons; je dirais plutôt que « nous veillons effectivement sur notre famille », et que nous devrions peut-être améliorer notre façon de faire par des ACTIONS communautaires. Nous commençons à voir croître la résurgence des pratiques traditionnelles et cérémoniales menées par la communauté et dans l’adhésion au passage des rites et des cérémonies. En nous immergeant dans nos approches holistiques et dans nos approches au don de vie, nous résistons à une histoire prédominante dangereuse. Il y a un certain nombre d’années, dans le cadre de mes fonctions de femme autochtone coordonnatrice du leadership au Réseau canadien autochtone du sida, je me suis mise à lire des rapports de recherche concernant les femmes autochtones vivant avec le VIH; j’y ai immédiatement reconnu une saveur colonialiste dans le ton utilisé pour décrire mes sœurs. Tristement, j’ai également réalisé que souvent, nous adoptons le même ton (parce que c’est ce que nous demande le gouvernement) sans nous en rendre compte. Nos esprits ne devraient pas accepter cela, et nous devrions nous servir de la sagesse impartie par notre aîné pour nous en rappeler.

C’est à partir de cette constatation que je me suis mis en tête de complètement renverser ma façon de voir cette histoire dangereuse. En ce moment, de grandes choses sont à l’œuvre; nombre d’organisations adhèrent aux approches basées sur les forces afin de décoloniser ce récit et – je suis heureuse de l’annoncer – les femmes ont joué un rôle de leader pour soutenir cette tendance. Le merveilleux groupe diversifié qui met en œuvre ce travail a reconnu l’importance de la RÉSISTANCE par la célébration de la RÉSILIENCE, et travaille maintenant en direction de la RESTAURATION. J’ai également constaté qu’un processus de RÉCONCILIATION était en cours. L’histoire prend un nouveau tournant! Soyez à l’affût d’autres fabuleuses histoires sur l’édification d’une nation par les femmes qui continuent à « veiller sur la famille ».

En terminant, je suis heureuse de vous faire un résumé sur l’état du dossier du leadership chez les femmes autochtones dans notre organisation. En effet, le comité permanent Voix de femmes du Réseau canadien autochtone du sida s’est renouvelé et, depuis janvier, ses membres se rencontrent mensuellement. Le recrutement s’est fait par un appel à tous à l’échelle nationale, un processus qui s’est également conclu en janvier. Voix de femmes travaille actuellement sur un mandat qui adhère au mandat élargi du RCAS. Par ailleurs, nous avons le plaisir de compter parmi nous un nouveau membre du personnel, engagé à temps partiel, pour coordonner les conférences et aider dans la planification et la coordination de la Conférence nationale des femmes autochtones du RCAS, qui aura lieu en 2015. Il ne s’agit là que de quelques-uns des récents faits saillants, et je vous en dirai plus dans un article qui paraîtra dans le prochain bulletin. Conservez votre force et votre beauté!

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